Zéro artificialisation nette, un enjeu de taille

Pour l’observatrice que je suis, en PACA, dans le Var, dans les villes voisines et à Ollioules, le constat est sans appel : les paysages évoluent à une rapidité étonnante. Là, où mes yeux rencontraient du vert, des sols naturels, souvent en friche, les voici qui se heurtent à de nouvelles routes, des parkings, des immeubles, des lotissements, de grands locaux réservés à des entreprises ou commerces. Et les chantiers en cours sont légions. Le foncier sort de terre à une allure vertigineuse. C’est un mouvement, une dynamique que rien ne semble pouvoir enrayer.

D’après le ministère de la transition écologique, chaque année, en France, ce sont 20 000 à 30 000 hectares de terres qui sont artificialisées. Cela représente la superficie de la ville de Marseille ! Les sols dont nous parlons sont, de plus, essentiellement des sols agricoles de bonne qualité agronomique. En effet, les premières terres bétonnées sont les meilleures puisque les villes se sont construites à proximité des sols les plus productifs.

Pourquoi faut-il d’urgence arrêter cette imperméabilisation à tout va des sols ?

Des études démontrent que l’environnement est directement impacté : l’imperméabilisation favorise le ruissellement. L’eau ne peut plus s’infiltrer. Les nappes phréatiques ne se rechargent plus naturellement et l’évapotranspiration ne peut s’effectuer sans plantes. En cas de fortes précipitations les risques d’inondation sont amplifiés, les crues aggravées. On constate une diminution des débits d’étiage et une augmentation locale des températures l’été. Le sol artificialisé n’absorbant plus le CO2, participe à la hausse des températures donc au réchauffement climatique. Sachant qu’il faut plusieurs milliers d’années pour faire un sol, sa dégradation peut être très rapide ! En avons nous seulement conscience? L’habitat d’espèces animales et végétales va disparaître ou au mieux être sérieusement endommagé, ce qui accélère encore la perte de la biodiversité.

On le voit, les conséquences peuvent être irréversibles sur la biodiversité et le climat. Mais n’oublions pas aussi la diminution de la capacité des terres agricoles à nous nourrir. Des parlementaires, Mme Anne Laurence Petel, M. Dominique Potier et M. Jean Bernard Sempastous ont remis un rapport édifiant à ce propos, fruit de dix mois de travaux en 2018. L’abandon de l’agriculture à des exigences financières court-termistes est contraire à la sauvegarde des écosystèmes, du climat et de la qualité de l’alimentation. Alors l’État doit-il sanctuariser les terres agricoles pour faciliter l’installation des agriculteurs ?

Nos élus locaux sont cependant préoccupés par différentes problématiques bien réelles : il y a le facteur démographique (le var est le département le plus attractif de notre région), les questions d’emplois, l’activité économique, les besoins de logements sociaux, de locaux d’activités, de services et de transports.

Quel est l’équilibre à tenir ?

Le gouvernement a adopté un objectif « zéro artificialisation nette » ZAN, qu’il a inscrit dans son plan biodiversité de 2018. Il faut consommer moins de terres naturelles, agricoles et forestières et réutiliser autant que possible les secteurs déjà urbanisés. Il faut penser à la remédiation des sols anthropisés, à la dépollution et à la seconde vie de l’habitat ou des friches industrielles. La seconde vie de l’habitat, la mairie d’Ollioules le pratique dans le cœur de ville où nombre de maisons sont rénovées et louées en tant que logements sociaux. Il faut stopper l’étalement urbain pour maintenir un corridor biologique entre les villes (ce qui est en train de disparaître malheureusement), préserver les paysages et la qualité de l’eau. Des solutions existent. Il convient d’y travailler très sérieusement.

D’après Fanny Guillet, chercheuse au centre d’écologie et des sciences de la conservation au Muséum national d’Histoire naturelle, nous sommes dans une politique de l’offre et de l’attractivité alors qu’il faudrait revenir à une politique de la demande.

Que se passera-t-il si on laisse faire cette bétonisation ? Et bien, si on garde le rythme actuel en France une surface de la taille du Luxembourg sera artificialisée d’ici 2030 !

L’UNAM (Union nationale des aménageurs) et la Fédération Nationale des Scot (Schéma de cohérence territoriale) ont publié une étude d’opinion sur les attentes des élus et des habitants en matière de logement et de cadre de vie. Il s’avère que la transition écologique est perçue comme un enjeu essentiel. Il faut stopper l’expansion des villes pour préserver les zones naturelles.

Et vous, vous sentez-vous concernés par cet enjeu ?

L’enquête révèle que 60%des français privilégient la petite ville comme lieu de vie idéal pour une meilleure qualité de vie ou une proximité de la nature. 83 % souhaitent limiter les zones commerciales périphériques tout en préférant y faire leurs courses. Alors plutôt que l’extension des zones commerciales essayons de redonner vie au cœur de nos villes, sans doute le sujet d’un prochain débat.

Claudie Zunino Cartereau

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