Sylvie Vinceneux, intervient au sujet du logement.
Licenciée en Droit option Sciences Politiques, elle a passé une dizaine d’années à la direction d’un organisme HLM de la région parisienne, avant d’entamer une carrière de cadre dirigeante dans diverses communes des Bouches-du-Rhône.
Depuis 2023,elle est membre du Conseil National du PCF et responsable de la Commission Nationale du Logement.
« Les enjeux d’aménagement du territoire et d’habitat me passionnent car ils exigent des politiques publiques accessibles à toutes et à tous. C’est le ciment de la cohésion sociale, inscrit au fronton de nos mairies Liberté,Égalité, Fraternité » 1
Véronique Marchand :
_ Le logement est un sujet majeur. Ça ne concerne pas qu’Ollioules mais toute la France et tout le monde. C’est la difficulté de se loger, particulièrement quand on est jeune travailleur mais aussi quand on a pas beaucoup de sous. Ça c’est le problème principal. On va décliner d’autres particularités. Explique nous Sylvie, pourquoi c’est si difficile de se loger ? Pourquoi on construit pas assez ?
Sylvie Vinceneux :
_ Bonjour à toutes et à tous. En effet, on a une crise du logement aujourd’hui qui est inédite et d’une ampleur exceptionnelle et pas qu’en France. Elle existe en Europe et dans certains pays elle est encore beaucoup plus forte. Je vais juste vous donner quelques chiffres qu’il faut avoir en tête. Aujourd’hui la demande de logement social c’est 2,7 millions. Il y a dix ans c’était 1,4 millions. Donc on voit bien l’explosion qu’il peut y avoir. 350 000 personnes n’ont pas d’abris du tout. C’était 143 000 il y a dix ans. Dans Paris, vous avez des gens qui dorment dans leur voiture alors qu’ils sont salariés, fonctionnaires. Ça peut être des infirmiers, des policiers qui ne trouvent pas à se loger. On a une crise inédite. Depuis les années 50 on n’a jamais eu cela. Ce qui est étonnant c’est que tous les acteurs sont concernés et alertés que ce soient les associations de locataires, les élus locaux. Et même maintenant les professionnels du bâtiment alertent sur cette crise. Et… il ne se passe rien. Tout le monde s’entend sur l’explosivité de la situation. Avoir ou non un logement, ça a des incidences sur votre vie en terme de santé, d’éducation, en terme d’emploi, de loisir, de vie familiale. C’est un des premiers besoins mais il n’est pas pris en compte. On a une pénurie et dans le même temps une augmentation des prix avec des ménages qui consacrent une part de plus en plus importante de leur salaire au logement. On est pour certaines catégories avec en plus l’explosion des charges énergétiques à peu près à 40 ou 50 % ce qui est énorme pour assurer tout le reste des dépenses d’un ménage. Les prix sont complètement dévissés et quand on regarde une courbe des loyers et une courbe des salaires, c’est inversement proportionnel depuis une dizaine d’années. Il y a évidemment plein de raisons : les banques prêtent moins, le crédit est plus cher. Le foncier explose. Pour le logement social, les délais d’attente sont de plus en plus longs. On n’a plus du tout le parcours résidentiel : au début on était jeune, sans beaucoup de ressources. On avait un HLM. Petit à petit on était dans l’accession sociale et on achetait une petite maison, puis un peu plus grand au fur et à mesure que le salaire s’étoffait. Aujourd’hui ce circuit est complètement arrêté. On s’aperçoit que cette situation est générale avec des gouvernements différents, des systèmes d’organisations de logement social différents. On peut dire que ce problème est systémique.
Véronique Marchand :
_ Claudie a demandé à la mairie les chiffres des demandes de logements sociaux.
Sylvie V :
_ La région PACA est la région la plus mauvaise de France et le Var est le département “lanterne”. Pourquoi ? Il y a vraiment du refus idéologique de construire du logement social. Quand on a le président du Conseil Départemental, Masson, qui déclare dans la presse,il y a un an : “Pour moi le logement social, ce sera toujours, non !”, on voit bien qu’on est dans une position de classe. Sur le Var on a environ 42 000 demandeurs de logements. Sur Ollioules, les chiffres donnés par la commune me paraissent extrêmement bas car on serait à 800 demandes dont 453 vraiment sur Ollioules. Les demandeurs de logements c’est la partie apparente de l’iceberg. Beaucoup de jeunes, sachant qu’ils ne peuvent rien avoir, se débrouillent, c’est le système D. Il faut multiplier par deux ou par trois les demandes de logements.
Pourquoi la crise du logement s’est-elle aggravée depuis Macron ? Il n’y a plus de politique du logement. Pour les présidentielles c’est un mot qu’il n’a jamais prononcé dans son discours. Les ministres du logement sont extrêmement malmenés. Ils ont changé régulièrement. Quand ils sont relativement bien, ils sautent. Une fois, ils sont ministres d’État, une fois ils sont secrétaires d’État. Ils sont les derniers nommés dans les remaniements ministériels. Aujourd’hui, le logement en terme de capitalisme c’est une notion de marchandise et de spéculation. Toutes les politiques qui ont été proposées sont des politiques de niches fiscales, d’avantages fiscaux et c’est surtout ne pas toucher à un système de rente générale et ne pas toucher à la propriété. Des chiffres sont intéressant : aujourd’hui les multi-propriétaires en France ont été multipliés par trois. Et quand on dit multi-propriétaires c’est pas vous qui avez un logement en Bretagne et un à Ollioules, cela concerne des gens qui ont cinq, six voire plus, propriétés à un ou deux ou trois millions d’euros.
Il y a des choses à faire : il faut construire du logement social pour arrêter le phénomène spéculatif. Pour cela il faut avoir des crédits. Pour satisfaire les demandes, il faudrait construire environ 200 000 logements sociaux par an selon les études et 300 000 logements dans le privé. Il faudrait 500 000 logements par an donc pour arriver à rattraper ce retard.
Sur le Var depuis deux ans tout est arrêté avec des conséquences néfastes, en terme d’emplois dans le bâtiment. C’est 150 000 emplois supprimés pour 2024. On est sur des carnets de commandes quasiment vides et ce sera le double à la fin de l’année.
Véronique M :
_ Et les dispositifs ont été modifiés ou supprimés et qui pénalisent la construction de logement comme le 1% de logement ou tout simplement Ma Prime Rénov dans le privé. Ça contribue à aggraver la situation.
Sylvie V :
_ Le 1% était un dispositif de l’après-guerre, fruit du travail avec une gestion paritaire de l’organisme. Puis au fil des années, ce 1% est devenu 0,45 %. Avant vous aviez tous les grands donneurs d’ordre, la SNCF, la RATP, les hôpitaux etc…qui cotisaient et logeaient leurs salariés. Même les PME allaient voir le maire en disant qu’ils avaient trois salariés recrutés sur la commune. On contactait les bailleurs sociaux et on arrivait à loger les gens assez facilement. En terme écologique c’est aussi intéressant car on logeait les gens près de leur lieu de travail. C’est un frein à l’embauche de ne pas avoir de logement et les entreprise n’arrivent plus à trouver de salariés. Pour le PCF et la CGT c’est une bataille à mener sur les deux fronts. On demande les 2 % et que les seuils soient abaissés et que seules les petites entreprises de cinq ou six salariés soient exonérées mais que haut delà elles ne soient plus exonérées alors qu’avant les exonérations c’était pour les entreprises de plus de 350 salariés.
Une autre raison du blocage dans la région, c’est le tout tourisme. C’est l’incidence des résidences secondaires et leur explosion. A Saint Cyr, 12 000 habitants, ces dix dernières années, on a construit plus de logements secondaires que de logements principaux. Il y a 45 % de résidences secondaires. Dans des villes du golfe de Saint Tropez, on est à 80 %.
Véronique M :
_ A Ollioules on est à plus de 14 000 habitants et on est à 600 résidences secondaires.
Sylvie V :
Tout cela a fait monter les prix. Ce ne sont pas que des résidences particulières de petits propriétaires à Saint Cyr. Il y a aussi des multi-propriétaires, des SCI etc… C’est donc vraiment dans un but très spéculatif.
Un autre phénomène a entraîné cette spéculation et parallèlement la rareté du logement, c’est le phénomène du capitalisme de plateforme c’est à dire le Airbnb, toutes les plateformes etc…Et dans un certain nombre de villes du var c’est dramatique. On ne trouve plus un logement dans les centres anciens. On le voit dans les grandes villes comme Paris, Marseille. Des solutions existent pour lutter contre ce phénomène. Une taxation peut être faite. Tous les maires ne l’appliquent pas. A Saint Cyr, le maire refuse car c’est aussi une partie de son électorat. Mais pour qu’elle soit dissuasive, il faut taper fort. Aujourd’hui on peut aller jusqu’à 60 % de la valeur foncière. Cette taxe a été faite de manière transpartisane pour que tous les gens qui ne se servent pas de leur bien, le remettent sur le marché pour de la location longue durée et ainsi permettre de loger les particuliers tout en faisant baisser le montant des loyers. Si vous n’avez que deux logements sur le marché ou si vous en avez deux cents la pression des prix ne sera pas la même.
Sur les Airbnb une loi a été faite avec un élu basque et un élu, je crois du parti socialiste. C’est la loi Le Meur qui a instauré quelques contraintes : on ne pourra pas excéder 90 nuitées, on sera obligé de les déclarer. Le problème c’est que la loi est permissive. C’est toujours “peut” et non pas “doit”. Donc si des maires ne veulent pas le faire ça ne se fait pas. Pourtant on peut imposer des zonages dans les PLU/PLUI interdits au Airbnb
Véronique M :
_ Alors un petit mot sur la qualité des logements sociaux. Chemin Saint Roch, ont été construites des dizaines et des dizaines de résidences, deux lotissements de chaque côté. En discutant avec une personne ayant acheté un appartement, elle me disait, en plein été, dans l’une des chambres, il faisait 39 °. D’où ma question :
“Les maires peuvent-ils imposer aux promoteurs ou constructeurs, certains dispositifs, pour que les choses soient décentes. 39 ° dans une chambre ?!…
Sylvie V :
_ Alors sur la qualité des logements sociaux elle est souvent supérieure à celle qu’on sort dans le privé. Aujourd’hui il y a des normes entre autre, environnementales beaucoup plus exigeantes et comme on n’est pas dans une notion de rentabilité, on n’a pas ce problème là. Après concernant la qualité, quand ça laisse à désirer, c’est un problème d’entretien. Depuis dix ans, dans l’optique de Macron de libéraliser le logement, on a tapé très fort sur tous les organismes HLM. On a supprimé un certain nombre de marges de manœuvres (par exemple un certain nombre d’exonération de taxes foncières, la TVA…) du jour au lendemain. Même de gros organismes de logement social qui avaient une gestion extrêmement saine, se sont retrouvés “à l’os”. Donc ils ont dû se rattraper sur l’entretien des bâtiments, des ascenseurs … Ils ont dû économiser. On estime qu’il faudrait 15 Milliards pour un plan construction et un plan entretien et rénovation par rapport à la transition énergétique.
Marie M :
_ Les bailleurs sociaux peuvent aussi se retourner vers l’État pour avoir des subventions ou vers l’Europe. Il y a des opportunités mais liées à l’action des préfectures. Sur Toulon on se rend compte que les politiques n’ont pas sollicité l’État et c’est pourquoi il y a encore des logements dégradés au niveau des HLM ou des propriétés.
Sylvie V :
_ L’État n’a plus un sous. Il n’y a plus de subventions. L’aide à la pierre, le peu qu’il en restait c’est fini. Le fameux 1 %, aujourd’hui c’est fini. Pour le logement social, on était sur un modèle universaliste qui devait permettre de loger 70 % de la population française. Le financement était porté par la Caisse des Dépôts plus un certain nombre de banques mutualistes ou dans le giron public. Aujourd’hui la collecte de la Caisse des Dépôts n’est plus que de 60 %. 40 % ne servent plus à financer le logement social. Le pire l’année dernière, il y a eu un amendement pour faire une ponction sur la collecte du logement social pour financer à hauteur de 413 milliard des dépenses d’armement. En réaction il y a eu une bataille au niveau du parlement extrêmement importante. On sait très bien qu’il y a des appétits là-dessus. Il faut être vigilant.
Concernant Ma Prime Renov le besoin de rénovation est énorme. Les logements depuis la loi Résilience sont classés par les A, les B, les C, les D etc… Un certain nombre de logement sont devenus impropres à l’habitation, ceux qui sont F, G etc…
Véronique M :
_ Et pas que des logements sociaux.
Sylvie V
_ Les logements privés également. Si vous habitez dans ces logements vous pouvez continuer à l’occuper. Mais si vous partez, le propriétaire ne peut plus le remettre à la location, s’il n’a pas fait des travaux extrêmement conséquents. Cela va avoir une incidence sur la rareté du marché locatif. Il y avait un système pour la réhabilitation, puisque comme le disait Hervé Thébault cela représente des coûts élevés, qui était Ma Prime Rénov. Et là, du jour au lendemain, le gouvernement a tout arrêté en disant qu’on allait le remettre. Ça a des conséquences importantes sur le secteur de l’emploi du BTP. On ne sait pas trop ce que le gouvernement qui a fait volte face a en tête pour demain.
Prochainement la partie 4 avec les questions des citoyen.nes sur le logement !
Le Débatteur
Sylvie Vinceneux : site du PCF
