Législatives : c’est parti

Dans le Var comme ailleurs la campagne des législatives est entrée dans sa phase active qui s’annonce inédite. L’accord historique signé par toutes les formations politiques de gauche crée les conditions d’une dynamique susceptible de contester sérieusement le scénario habituel qui permet au vainqueur de la présidentielle d’être quasiment assuré d’obtenir une très large majorité de députés.es à l’issue des législatives. Ce que déjà serinent des sondages.

Cet accord de la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale -NUPES- porte sur un programme qui prend le contre-pied de celui de Macron et changerait considérablement la vie des Français.es, des salariés, des retraités, des jeunes…par la revalorisation des salaires à commencer par le SMIC à 1400 euros/mois, la retraite à 60 ans, le blocage des prix, un revenu étudiant d’autonomie, l’abrogation de la loi “travail” pour ne citer que les premières mesures à commencer par le pouvoir d’achat qui ne cesse de se rétracter. La faute à Poutine ? Un peu court.

Après le covid, la guerre en Ukraine : Macron s’agite beaucoup mais c’est Biden qui est à la manoeuvre. Dans quel but ? Macron on l’a vu à l’oeuvre, un mandat a suffi pour vider un peu plus le porte-monnaie des uns, très nombreux et pour remplir celui des autres, beaucoup moins nombreux mais au sommet de la finance, de l’économie et du pouvoir politique.

Sa réélection par défaut le rend très fragile. C’est pourquoi il ne veut pas entendre que les 12 et 19 juin il est tout à fait possibile d’envoyer à l’assemblée une majorité de gauche, non pas pour élire le 1er ministre nommé par le président de la République, mais pour contraindre celui-ci à respecter le vote des citoyens.es. Et à faire appel au groupe ayant rassemblé le plus de suffrages au terme des deux tours. Le contenu de l’accord fera du bruit et du bien dans les chaumières, les quartiers populaires et très au-delà, à tous les progressistes!

E.Macron et M.Le Pen ironisent sur cette hypothèse qu’ils font mine de ne pas prendre au sérieux. Le premier, toujours aussi sûr de lui, “oublie” que les 2/3 des Français condamnent sa politique par leur vote et/ou par leur abstention, il repousse d’un revers de main l’idée qu’une majorité de sièges pourrait lui manquer tandis que la seconde vole à son secours en considérant qu’il est normal qu’il ait une majorité pour appliquer son programme !

Ben voyons ! On comprend que son ami, Robert Ménard, le maire de Béziers appelle à voter pour les candidats de Macron !

Que les institutions et le mode de scrutin permettent qu’une minorité de voix puisse se traduire par une majorité absolue de sièges, cela leur va très bien. Voilà qui renforce la nécessité démocratique de passer à la 6è République. Et sans attendre, faisons en sorte qu’ une majorité populaire écologique et sociale soit élue au parlement. Ce qui nous fera avancer dans le bons sens.

Certes, il y a des divergences au sein de la NUPES, nul ne le dissimule. Chacun les assume sans les effacer ni sans en faire un préalable qui empêcherait les convergences sur les objectifs sociaux et environnementaux notamment. Ils appellent des décisions, des engagements, des financements, pas des promesses et des renoncements sous la pression des actionnaires.

Combien est significatif le discours de huit étudiants ingénieurs d’AgroParisTech, ces derniers jours, lors de la remise de leur diplôme, se succédant pour dire ce qui les amène à ne pas suivre “ces débouchés“, présentés tout au long de leurs parcours et qui selon eux, “font davantage partie des problèmes que des solutions…Nous sommes plusieurs à ne pas vouloir faire mine d’être fiers et méritants d’obtenir ce diplôme à l’issue d’une formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours…l’agro-industrie mène une guerre au vivant et à la paysannerie partout sur Terre.

Ce n’est pas un appel à la désertion mais à la prise de conscience que notre société productiviste et consumériste est à contre-sens des enjeux impérieux de notre siècle. Cela se traduit par la course aux profits et aux débouchés qui engendre conflits et guerres alors que s’aggravent les conséquences humaines et écologiques du réchauffement climatique ainsi que des rapports sociaux de domination.

Les législatives sont l’occasion de dire stop aux politiques libérales qui privilégient les intérêts des très riches au détriment des peuples qui, eux, subissent la vie chère, l’inflation, la stagnation des salaires, les reculs de la protection sociale, des services publics, le coût de l’immobilier et des énergies…Notre pays s’éloigne de l’éradication de la pauvreté, de l’accès de tous à une vie digne. Inacceptable. Comme il freine la transition écologique dont l’urgence et l’ampleur nous sont quotidiennement rappelés par les scientifiques.

Nous reviendrons sur les spécificités de cette élection par circonscription dans notre département qui, comme toute la région, est en pleine recomposition à droite. Les LR se trouvant laminés au profit de Macron et du RN comme le montre la présidentielle.

Nombre de ses leaders comme Falco, Estrosi, Muselier, ont récemment rejoint la première vague de 2017 faisant allégeance à Macron, d’autres vers l’extrême-droite, à son plus haut niveau, bien que divisée. Le score de V. Pécresse témoigne de la porosité d’une grande partie de l’électorat traditionnel de la droite sensible aux thèmes identitaires et sécuritaires qui tiennent lieu d’explication des crises qui traversent notre société.

L’unité qui régnait autour de Falco et de TPM vole en éclats, non pas sur le plan de leurs mêmes convictions libérales mais sur le meilleur moyen d’être élu ou réélu. Avec ou contre Macron ? Des majorités municipales explosent à peine élues, comme à La Seyne, en pleine lutte des clans. Des égos ne se supportent pas, des carrières sont contrariées, des délégations d’adjoints sont retirées dont celles du 1er, de nouvelles alliances se nouent ! Tout baigne.

Le Var continue sa mutation sociologique tournée vers le tourisme et l’accueil de population aisée de préférence. Le logement social n’y a pas sa place et régresse au profit de coopropriétés et de résidences secondaires.

De même que le tissu industriel se délite, l’emploi -de plus en plus précarisé- se concentre dans le BTP, le tertiaire administratif et sanitaire, la distribution, l’hotellerie…et l’arsenal -de plus en plus privatisé- dont le front de mer s’offre à une grosse opération immobilière d’amènagement du port et de ses abords.

Les candidats.es de la NUPES, nouveaux pour la plupart, ne manquent pas de grain à moudre dans un département depuis 40 ans dominé par l’UMP devenue LR qui a vu le FN puis le RN y prendre une place considérable et trois mairies dont deux ont été perdues (Cogolin et Le Luc). Au second tour de la présidentielle dans le Var, le RN a obtenu 55%. Au 1er tour 30% et Zemmour 13,25 qui a choisi Saint-Tropez pour tenter sa chance.

La concurrence droite-Macronie, en pleine recomposition au profit de l’extrême-droite, ne peut que laisser plus ouvert l’espace politique de celles et ceux, quelles que soient leur origine, leur religion, qui ont tout intérêt à choisir les candidats.es uniques de la nouvelle union populaire, porteurs de réponses très concrètes aux attentes du quotidien et d’une vision humaniste de la patrie des droits de l’Homme qu’il appartient au peuple de remettre au service des libertés, de l’égalité, de la fraternité. Et de la planète qui souffre surtout, elle aussi, du libéralisme en crise profonde.

René Fredon

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