4 JUIN 1972 : IL Y A 50 ANS, FREE ANGELA DAVIS

4 juin 1972 : Après plusieurs semaines de clandestinité, 16 mois de prison, menacée d’une condamnation à mort, Angéla Davis est acquittée, par un jury composé uniquement de blancs, toutes les charges qui pèsent contre elle sont abandonnées ! Un résultat qui est le fruit d’une immense mobilisation internationale. Elle dira plus tard : « Je ne suis ici que parce que des centaines de milliers de gens, aux Etats-Unis, en Afrique, en Europe, en Amérique latine, ont manifesté pour demander ma libération. Nous avons été puissants collectivement. La solidarité internationale a été, et reste, essentielle. C’est elle qui m’a sauvée. Sans ces soutiens, je serais peut-être encore en prison, comme Ruchell Magee, mon coaccusé. »

Celle qui deviendra au fil des années une véritable icône est née le 26 janvier 1944 à Birmingham, en Alabama, dans le sud raciste et ségrégationniste des Etats-Unis, dans un quartier surnommé « Dynamite Hill » en référence aux innombrables attentats racistes qui y ont été perpétrés par le Ku Klux Klan. Ses parents, militant-e-s communistes, lui inculquent un esprit de révolte et de résistance face à l’apartheid. A 12 ans, elle participe au boycott d’une compagnie de bus pratiquant la ségrégation.

En 1958, elle obtient une bourse pour étudier à New York dans un lycée où existe un programme d’aide aux élèves noirs du sud. Son baccalauréat en poche, en 1961, elle est une des trois étudiantes noires en 1ère année de l’Université de Brandeis (Massachusetts) où elle rencontre le philosophe marxiste Henri Marcuse. Puis elle étudie en France, à la Sorbonne, en 1963/64, au sortir de la guerre d’Algérie. Elle côtoie la jeunesse progressiste et se lie d’amitié avec de nombreux Algérien-ne-s résidant en France : « Je dis souvent que je suis venue en France pour chercher la liberté et l’émancipation et que j’y ai trouvé la solidarité internationale avec la révolution algérienne » (interview Le Monde, 14/01/2016). Elle termine son périple européen en Allemagne, à l’Université Goethe de Francfort, où elle s’initie plus amplement à la philosophie marxiste. Elle décide alors de rentrer aux Etats-Unis pour poursuivre son combat pour la liberté, la justice et l’égalité pour le peuple noir américain : « Mon but a toujours été de trouver des ponts entre les idées et d’abattre des murs. Et les murs renversés deviennent des ponts. » (L’express, 08/03/2013).

En 1968, après avoir obtenu son doctorat, elle devient enseignante à l’Université de San Diégo. La ségrégation raciale continue de faire rage. Lynchages, humiliations et meurtres d’Afro-Américain-e-s, dans lesquels la police est parfois impliquée, scindent les Etats-Unis en deux clans distincts : un premier, conservateur et raciste, un second en faveur de l’égalité des droits, sans distinction de couleur de peau. Au sein du « Che Lumumba Club » du parti communiste américain auquel elle vient d’adhérer et des Blacks Panthers, elle se bat pour les droits civiques du peuple noir. Dans ce contexte, se battre pour les droits civiques, c’est risquer sa vie à chaque instant et être à l’index. En 1969 elle obtient un poste à l’université de Californie (UCLA). Elle en est rapidement renvoyée pour appartenance au parti communiste par une direction aux ordres du gouverneur d’alors, un certain Ronald Reagan ! Désormais, Angéla Davis est surveillée de près par le gouvernement et ses différents services de police et de renseignements.

C’est en 1970 que sa vie bascule. Alors que le 7 août 1970, lors d’un procès, une prise d’otages ayant pour but de libérer Georges Jackson (membre des Blacks Panthers, condamné à la prison à vie à l’âge de 18 ans pour un vol de 70 dollars) tourne mal (4 morts dont un juge), Angela Davis, membre du comité de soutien à Jackson, est accusée -à tort- d’avoir orchestré ce drame, notamment en fournissant des armes qui ont permis ce coup de force. Par crainte d’être tuée, elle prend la fuite.

Angela devient alors la troisième femme de l’histoire à être inscrite sur la liste des dix personnes les plus recherchées par le FBI. Après deux semaines de traque, elle est arrêtée dans un hôtel à New York le 13 octobre 1970 puis emprisonnée 16 mois dans une cellule d’isolement spécialement aménagée pour elle. Elle fera une grève de la faim pour exiger la fin de son isolement. En janvier 1971, elle est inculpée pour meurtre, kidnapping, conspiration. C’est la peine de mort assurée !

Rapidement un comité pour la libération d’Angela Davis voit le jour, des voix s’élèvent aux USA pour lui témoigner leur soutien. Très vite, c’est toute la communauté internationale qui se révolte face à la peine qui la menace. Des centaines d’intellectuels, d’artistes se mobilisent pour exiger sa libération. Les Rolling Stones, John Lennon et Yoko Ono écriront deux chansons (respectivement Sweet Black Angel et Angela) en hommage à la formidable résistante qu’elle est. Des manifestations se déroulent dans le monde entier, des millions de voix réclament sa libération.

En France, Jean-Paul Sartre, Jean Genet, Aragon, Marguerite Duras, Nathalie Sarraute sont parmi les premier-e-s à appeler à la mobilisation. Jacques Prévert lui écrit un poème. Le 3 octobre 1971, à l’initiative du Mouvement de la Jeunesse Communiste, une manifestation de près de 100 000 jeunes se déroule à Paris. Parmi les manifestants, Aragon au bras de Fania Davis, la sœur d’Angela et Sartre. 50 jeunes communistes varois (dont l’auteur de ces lignes), « montés » en bus à Paris, y participent au cri de « libérez Angela ». Avec d’autres, ils ont collecté 3000 frs pour payer le bus tout en récoltant des milliers de signatures sur une pétition exigeant sa libération.

La mobilisation internationale ne faiblit pas et oblige la justice américaine à la libérer sous caution, 16 mois après son incarcération puis à organiser le procès qui se déroule le 4 juin 1972. Angela Davis en ressort libre et acquittée ! La machination du FBI apparaît au grand jour !!

Libre, Angela Davis continue plus que jamais à militer pour la paix au Vietnam, sur les fronts de l’anti-impérialisme, de l’anti-racisme et du féminisme ! Dans son combat contre le racisme, elle adhère au courant qui, sur la base du marxisme, veut unir la lutte des noirs dans une lutte générale révolutionnaire anti-capitaliste, ce qui lui fera dire : « Pour détruire les racines du racisme, il faut renverser tout le système capitaliste. » De même, féministe, elle ne rejoindra pas pour autant de mouvement seulement dédié à cette cause et elle s’en explique dans Le Monde : « Je ne parvenais pas à m’identifier à un mouvement qui ne s’intéressait pas au racisme et à la lutte des classes car il fallait, selon moi, penser à la fois la question de race, celle du genre et celle de la classe sociale. » Tout au long de son combat pour l’émancipation de la communauté noire, elle se trouvera confrontée au sein même du mouvement pour l’égalité des noirs à une autre inégalité : le sexisme. Elle dénoncera l’hypocrisie de ces hommes se battant pour une égalité qu’ils n’accordent pourtant pas à leurs sœurs de lutte. Elle déclarera notamment : « Un authentique mouvement de libération doit lutter contre toutes les formes de domination : l’homme noir ne peut se libérer s’il continue d’asservir sa femme et sa mère ! » Elle écrira plus tard des livres tels que « Femmes, race et classe » ou encore « Héritage du blues et féminisme noir ».

Intellectuelle reconnue, militante communiste de premier plan (elle sera à deux reprises candidate à l’élection présidentielle américaine comme vice-présidente de Gus Hall, le leader du parti de l’époque), Angéla Davis continue à enseigner jusqu’en 2008 à l’université de Santa Cruz. Sans relâche, et encore aujourd’hui, elle a œuvré pour abolir les discriminations raciales et sociales, la peine de mort, le système carcéro-industriel américain. Elle a notamment contribué aux mobilisations après la mort de Michael Brown, jeune noir abattu par un policier en 2014 et, plus récemment, après celle de George Floyd, étouffé par un policier en 2020 lors de son arrestation. Dans son interview au Monde en 2016, elle déclarait : « Si les chaînes des esclaves ont été brisées il y a plus d’un siècle, aucune nouvelle démocratie n’a par la suite été mise en place pour leur offrir la possibilité d’exercer leurs nouveaux droits. D’une certaine manière, nous nous battons, aujourd’hui encore, pour achever ce travail de l’abolition de l’esclavage. »

A 78 ans, Angela Davis continue d’influencer le monde militant et est toujours considérée comme l’une des plus grandes figures de la lutte pour l’égalité des afros-américain-e-s aux Etats-Unis, au même titre que Malcom X ou Martin Luther King. En 2020, elle a été nommée « femme de l’année 1971 » par « The Time » lors d’un numéro spécial retraçant la vie des cent femmes qui ont marqué l’histoire à l’occasion des 100 ans du droit de vote des femmes aux Etats-Unis.

En conclusion, une de ses citations, en 2013 à Toulouse, à propos de ce qu’elle a vécu en 1970 : « Le plus important c’est que 40 ans après, cette lutte peut être inspirante. Il faut agir comme s’il était possible de faire la révolution. Nous ne faisons pas toujours la révolution que nous voulons faire. Mais, dans le processus de lutte, nous changeons le monde. On n’a pas détruit le capitalisme, mais créé des fronts pour le battre. Il faut être impatient mais il faut combiner la patience et l’urgence. »

Alain Henckel

Une réflexion sur « 4 JUIN 1972 : IL Y A 50 ANS, FREE ANGELA DAVIS »

  1. Excellent article qui nous fait découvrir ou re-découvrir la lutte d’Angela DAVIS et son long parcours au travers de ses combats. Grande figure internationale pour la reconnaissance des droits civiques pour les afro-américains et tant d’autres causes. Merci à Alian pour cet artile édifiant.

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