Ukraine : évitons les amalgames

Article de René Fredon, ancien journaliste à La Marseillaise, pour le Débatteur.

Certains éditorialistes ont tendance à mettre tout le monde dans le même sac : Mélenchon, Roussel, Le Pen, Zemmour…les “extrêmes” comme ils les appellent, sont indifféremment catalogués de “pro-russes” alors qu’il n’en est rien concernant les deux premiers dont les valeurs républicaines humanistes et laïques sont aux antipodes de celles des deux autres à l’extrême-droite.

Il y a toujours en France, même affaiblie, une gauche internationaliste, donc anti-capitaliste, altermondialiste, donc non alignée et pour les coopérations entre nations souveraines, sans domination, pacifiste donc pour le désarmement réciproque et la dénucléarisation.

Comment amalgamer cette gauche avec l’extrême-droite acquise au capitalisme, ultra-nationaliste, raciste, sexiste, suprématiste, hostile à l’accueil des migrants (sauf Ukrainiens) et brandissant une religion exclusive comme étendart de notre identité nationale ? Cela relève de l’escroquerie politique et de la manipulation intellectuelle.

Etablir une telle confusion délibérée entre des candidats irrémédiablement inconciliables vise à les discréditer tous, à les isoler car ils constituent un danger objectif mais radicalement opposé pour le président enfin déclaré candidat. Il compte tirer profit de sa présidence de l’UE face à l’agression militaire unilatérale de Poutine contre l’Ukraine. Un acte gravissime qui ne peut que susciter la colère et l’angoisse du peuple ukrainien et de tous les peuples d’Europe qui en payent déjà les conséquences humaines sur place, économiques et sociales ailleurs, à des degrés divers.

Un élan de solidarité se développe à la mesure de l’atteinte à la souveraineté d’un Etat et du désir de paix qu’exprime une forte majorité de Français(es) pour contraindre Poutine à renoncer à sa tentative guerrière d’annexer l’Ukraine en violation du droit international et au risque d’une escalade incontrôlable que certains irresponsables suggèrent !

L’isolement international du maître du Kremlin n’a jamais été aussi important. Il s’est vérifié à l’ONU le 3 mars par le vote d’une résolution exigeant “le retrait immédiat et sans condition des forces militaires russes” et condamnant “la décision d’accentuer la mise en alerte de ses forces nucléaires “!

141 pays ont voté la résolution, 5 s’y sont opposés (Russie, Biélorussie, Corée du Nord, Erythrée et Syrie) et 35 se sont abstenus dont la Chine et l’Inde.

En France toute la classe politique -ou presque- exprime sa condamnation et sa solidarité…avec plus ou moins de sincérité, notamment à l’extrême-droite,

Que Mme Le Pen ait dit, en Russie il y a plus de 10 ans, qu’elle admirait Poutine et réciproquement, cela n’est pas à démontrer. Leur proximité ne fait pas de doute et en dit long sur leurs convergences politiques naturelles : elle admire un des fossoyeur de l’ex-URSS reconverti dans le capitalisme sans limite, corrompu et dictatorial. C’est dans l’ordre des choses. Elle admire aussi Bolsonaro et Trump, et rêve de son retour au pouvoir. Il n’y a pas de volte face, elle est dans la continuité. Elle aime les hommes de pouvoirs, forts et sûrs d’eux-mêmes. Biden ce n’est pas son genre…et puis il est démocrate, il paraît que c’est la gauche…très attachée au capitalisme.

Que Zemmour(2) lui aussi s’affirme comme un admirateur de Poutine, pas besoin de le lui faire dire, ça n’est pas d’hier et pour de multiples raisons. Le “leader des Munichois français”, pour reprendre la formule du philosophe R. Enthoven, avait déjà, en 2013 déclaré sur ITélé, l’ancêtre de CNews que Poutine diplomatiquement, c’est quand même le roi de l’année, avec la Syrie, avec l’Ukraine qu’il a arrachée à l’Europe, parce que l’Europe en fait, n’est que le paravent de l’OTAN…” et puis “il est le dernier rempart contre le communautarisme gay.” Il ne se cache pas derrière son petit doigt. Il assume !! Quant aux réfugiés, il préfère qu’ils restent en Pologne, à côté de chez eux ! Cynique.

Zelensky saisit l’OTAN (1)

Le président ukrainien demandait qu’un couloir militaire aérien protège des bombardements russes qui venaient de frapper la centrale nucléaire et d’en prendre le contrôle. Or l’Ukraine n’est ni dans l’UE, ni par conséquent dans l’OTAN. L’alliance des pays européens et l’OTAN ont rejeté cette demande qui aurait donné le signal d’une escalade militaire d’une tout autre ampleur qu’ils cherchent à éviter.

Le risque existera tant que Poutine ne renoncera pas à ses objectifs de conquête et jusqu’à ce que le peuple russe exprime son opposition à cette guerre de conquête et au danger pour tous les peuples d’Europe.

Ce qui se joue en Ukraine c’est bien évidemment la paix sur le vieux continent et dans le monde compte tenu de la puissance militaire et nucléaire de la Russie, de son ambition politique et de son système économique capitaliste qui pousse à la domination de quelques- uns. Pour s’approprier des richesses des autres et s’inscrire dans la course à la rentabilité au détriment des peuples et de la planète.( Le dernier rapport du GIEC nous rappelle à la réalité).

Les sanctions économiques visent à isoler la Russie, à affaiblir son économie et ses relations avec le reste du monde. Total et Danone n’ont pas l’air pressé de quitter la Russie…

Qui dit domination, dit guerres, y compris entre impérialistes, pour des intérêts privés qui se disent “patriotiques”. Ouvrons une alternative à ces logiques de puissance, de militarisation, de surarmement, de commerce libre des armes…en commençant par nous pencher sur le sort de centaines de millions de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à l’eau potable, à une nourriture suffisante, aux soins, à l’éducation, à la culture…songeons aux inégalités sociales à réduire puis à éradiquer, même dans les pays “riches” !

Faut-il ajouter l’Ukraine au lourd tribut des guerres récentes de Yougoslavie, d’Afghanistan, d’Irak, de Syrie, de Lybie, du Yémen et j’en oublie ? Elles ont fait des centaines de milliers de morts et semé la désolation pour longtemps…

Obtenir le renoncement de Poutine à poursuivre son projet funeste, en faisant entendre la voix des peuples et leur aspiration à la paix, au droit, à la liberté , n’est-ce pas l’urgence…impérieuse ?

René Fredon

(1) A propos de l’OTAN

Seul bloc militaire au monde, on croit qu’il est une riposte au pacte de Varsovie : c’est le contraire. L’OTAN (organisation du traité de l’Atlantique Nord) a été créée à Washington le 4 avril 1949, au début de “la guerre froide”, par 12 Etats (Belgique, Danemark, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Etats-Unis et Canada) avec pour mission “la sécurité collective en Europe.

En Juin 1959, le Gl De Gaule, de retour au pouvoir, refuse que s’implantent en France des armes nucléaires américaines puis quelques années plus tard annonce le retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN parce qu'”elle veut recouvrer “l’entier exercice de sa souveraineté”

Le pacte de Varsovie date du 4 mai 1955, il réunit les 8 pays du bloc communiste (URSS, RDA, Albanie, Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie et Tchécoslvaquie) en réaction aux accords de Paris qui prévoyaient de créer un organisme de défense européenne ouvert à la RFA en voie de remilitarisation. Le pacte de Varsovie a été dissous le 1er juillet 1991 avec l’effondrement de l’URSS et des autres pays membres.

Depuis, un certain nombre de pays de l’Est ont rejoint l’UE, partenaire de l’OTAN sans que la question des frontières ait été mise à jour. Les conflits sont légion. Ainsi des pays autrefois intégrés à l’ex-URSS sont dotés aujourd’hui de bases de l’OTAN aux frontières de la Russie.

Ce qui n’est pas nouveau et qui ne change rien à ce qui est en train de se passer ni ne saurait le justifier.

Ce n’est pas l’excuser que de rafraîchir des mémoires plus jeunes (ou qui flanchent) en expliquant le nouveau contexte mondial qui ne brille pas par la sécurité collective et ce, sur tous les continents.

(2) pour “l’accueil” de Zemmour, R-V le 6/3 à 16 h à la gare de Toulon

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.