Réunion à l’AMAP des Olivades avec Georges Olivari, directeur de la Maison régionale de l’eau de Barjols

Dans un monde respectueux de l’environnement nous aurions pu prendre plaisir à lire ces quelques lignes :

“Malgré les caprices du temps et les ambitions urbanistes de l’être humain, nous disposons en périphérie de la ville d’un espace naturel sensible de qualité où l’on peut recenser la présence d’espèces protégées. Cette richesse
nous a été transmise par les anciens qui ont su l’exploiter tout en préservant, en partie, certains espaces naturel
s.*

Mais nous avons découvert Beyrouth, aux portes des Olivades :

Mercredi 23 février nous avons fait une visite aux Olivades en présence de Georges Olivari, hydrobiologiste, Maître de conférence associé à l’université d’Aix-Marseille, directeur de la Maison régionale de l’eau, centre de ressource au développement durable. Etaient également présents, Daniel Vuillon, propriétaire des Olivades, Michel Pierre, vice-président de l’Union Départementale pour la sauvegarde de la vie, de la nature et de l’environnement (UDVN-FNE 83), Maurice Franceschi, président de l’association Toulon Var Déplacements, Bernard Vuillon, Mr Muller, voisin de l’AMAP, Michel Gorski, Elisabeth Bouchet, militante écologiste, Claudie Zunino Cartereau et Christian Bercovici (ces deux derniers conseillers municipaux de la minorité à Ollioules).

Goerges Olivari, s’est déplacé sur le site du projet de voirie en lien avec le tracé du TCSP-BHNS-PEM (Transports Collectifs en Site Propre- Bus à Haut Niveau de Service- pôle d’échanges multimodal) prévu par la Métropole qui devrait impacter sévèrement les terres de l’AMAP Les Olivades. Cette route prévue par TPM dans le prolongement de l’allée Robert Brun jusqu’à Castorama, Emmaüs, doit passer devant l’entrée des Olivades. L’inconvénient c’est qu’on est en zone inondable et qu’il s’agit d’ artificialiser 6 hectares qui jusque là absorbent l’eau lorsqu’elle arrive. 

L’objectif de Georges Olivari était une expertise concernant l’impact du projet sur les eaux souterraines et de surface.

Notre visite a commencé par la parcelle BK56, juste derrière Carrefour. Nous avons pu constater là que toute la terre arable avait été retirée et quelques témoins de mesure permettent encore aujourd’hui d’en voir l’épaisseur. En effet le 21 septembre 2020 des travaux ont démarré sur des chapeaux de roues et un mètre de terre végétale a été décaissé sur les terrains. Des chênes centenaires, plus que centenaires ont été abattus lors de cette opération !

Toute la terre arable a été retirée en septembre 2020 sur cette parcelle.

En haut de cette parcelle mais en dessous de Carrefour, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir quatre écoulements dans le Faveyrolles, petit fleuve côtier bordant l’AMAP, dont l’un était un écoulement d’eaux usées !

Ecoulement d’eaux usées dans le Faveyolles en bas à droite

Face à ce constat, Mr Olivari a contacté immédiatement l’OFB (OFFICE FRANCAIS DE LA BIODIVERSITE, ancienne Agence Française de la biodiversité qui a fusionné avec l’Office Nationale de la Chasse, c’est en quelque sorte la police de l’environnement aussi bien terrestre qu’aquatique; des agents sont là pour constater des problèmes, donner des conseils). Une lettre a d’ailleurs été adressée à Mr Le Maire d’Ollioules par la suite, pour l’informer concernant cette pollution des eaux du Faveyrolles.

Des eaux usées qui se déversent dans le Faveyrolles.

Question à Georges Olivari concernant les écoulements dans le Faveyrolles :

C Cartereau :

Les cours d’eau sont en général poissonneux. Des poissons peuvent-ils passer de ces écoulements dans le Faveyrolles ou restent-ils bloqués avant les canalisations ?

G Olivari :

Non, les anguilles n’arrivent pas, les chevesnes n’arrivent pas à sauter. C’est totalement infranchissable, ça. Ces cours d’eau ne sont classés ni dans la liste 1, ni dans la liste 2 de la directive européenne. Ils n’ont pas de statut. Ce sont des masses d’eau. Ils sont enfin reconnus comme des masses d’eau. Avant cette directive on a fait tout et n’importe quoi. Ces cours d’eau ont eu une grande importance économique pendant des siècles et maintenant, hélas, ils ne sont plus considérés que comme des exutoires d’eaux pluviales qui viennent nous casser les pieds quand ils débordent.

Puis nous voilà le long du Faveyrolles dans la descente allant jusqu’à la voie ferrée. Ici aussi, nous constatons la destruction de toute végétation (y compris la coupe d’arbres protégés), la modification des berges du ruisseau.

Les berges du ruisseau ont subi des modifications lors des travaux de septembre 2020.

Daniel Vuillon nous informe que cela a déjà impacté le système de drainage de sa parcelle située en bordure directe (vraisemblablement par colmatage des drains empierrés qui étaient jusqu’alors en fonction depuis des temps immémoriaux).

Avant le passage sous la voie ferrée, à 30 mètres environ au nord de l’ancienne noria, nous arrivons au niveau de deux buses installées permettant de traverser le ruisseau. Une des buses s’avère bouchée à l’entrée témoignant du manque d’entretien.

En prévision d’une crue importante, un talus de 80 cm environ a été installé en contrebas de la berge sud du Faveyrolles pour éviter que son débordement ne vienne aggraver les volumes d’eau à évacuer par les pompes d’épuisement consacrées à l’assèchement du pont rail réalisé sous la voie ferrée et situé en dessous du niveau de la nappe phréatique. Si d’aventure des véhicules devaient circuler sous ce pont, la circulation serait interdite par temps de pluies importantes dans quelque projet que ce soit. Il a été réalisé en 2014 pour 15 millions d’euros dans le cadre du projet de tramway que la Communauté d’agglomération TPM avait abandonné officiellement en 2012 …en massacrant une très belle propriété appartenant aux frères Caillé, construite au 19ème siècle par la famille d’Estienne d’Orves et défendue courageusement par les frères Caillé. Comme quoi le béton n’a aucun respect de l’histoire d’un lieu.

Une réalisation en dessous du niveau de la nappe phréatique, dans la zone de détente du fleuve côtier, Le Faveyrolles à 200 mètres de la mer.

Le voisin de l’AMAP, monsieur Muller, concerné par le passage et le déplacement des différentes canalisations nous a raconté l’historique des travaux et dépeint la situation de la zone lors de pluies importantes et de phénomènes météorologiques comme nous en rencontrons de plus en plus fréquemment avec le changement climatique.

La noria
Georges Olivari, Daniel Vuillon et Michel Pierre.

Monsieur Franceschi, président de Toulon Var Déplacements :

Cet espace naturel est l’un des derniers espaces naturels en cœur d’agglomération. Nous, nous proposons qu’on en fasse un parc naturel. Vous pouvez le suggérer au maire. C’est une chance qu’on donnerait aux générations futures. Donner un parc naturel comme à La Garde, le parc naturel du Plan.

Le pôle d’échange multimodal doit être créé dans le cadre du TCSP (Transport en commun en site propre). Donc tous ces travaux de destruction qui ont commencé sont faits grâce à l’argent du versement transport qui sert au TCSP. Il y a comme une perversion dans l’utilisation de cet argent. Or, il existe des alternatives à ce tracé destructeur de terres fertiles.

Monsieur Gorski :

En cas d’épisode méditerranéen, si les bonne décisions ne sont pas prises, on est à la merci de décisions qui peuvent être beaucoup plus catastrophiques avec de graves conséquences.

Georges Olivari :

Toutes les discussions tournent autour de cela. Quand on discute des mesures il faut avoir les documents. C’est la donnée fondamentale.

Georges Olivari a évoqué une étude hydrographique concernant Le LAS et Le FAVEYROLLES en cours de finalisation. Elle confirme les inquiétudes (partagées avec l’administration) face aux phénomènes météorologiques de plus en plus fréquents dans notre région. En même temps elle entre en contradiction avec l’attitude plus que réservée jusqu’alors des maîtres d’ouvrages dans les projets proposés concernant le volet hydrographique.

Il a, à ce sujet, rappelé la Directive Européenne (2007/60/CE du 23 oct 2007) dite Directive Inondation recommandant aux maitres d’ouvrages de faire rentrer les projets, tant cela se peut, dans le cadre des PAPI.

A rappelé la mise en demeure de la Commission Européenne de mars 2019 qui soulevait des écarts avec la Directive 2011/92/UE du 13 dec 2011 dite Directive Projet sur les procédures d’évaluation environnementale.

Pour rappel, l’Europe a instauré les PAPI (Programme d’Action et de Prévention Inondation) dans le cadre de sa politique pour le Développement Durable.

Le Programme intègre une gestion durable du risque inondation afin de réduire les conséquences dommageables sur la santé humaine, les biens et l’environnement.

Ce programme cadre exactement avec les projets de notre secteur face aux aléas climatiques (en particulier les Episodes Méditerranéens) auxquels nous sommes de plus en plus fréquemment confrontés.

La compétence en a été confiée à la Métropole.

Mr OLIVARI a donc émis la possibilité de sensibiliser le Tribunal Administratif à ce sujet.

Il a d’autre part rappelé que la Préfecture peut contourner les arguments liés à la biodiversité en proposant de déplacer les végétaux sur des zones d’hébergement où les conditions de développement sont identiques. C’est d’ailleurs ce qui a été fait. Ce qui est un vrai problème :

Le principe “éviter, réduire et compenser”, ERC, prévu dans la loi du 8 août 2016 pour restaurer la biodiversité et endiguer l’étalement urbain des villes se décline en trois axes d’action :

“D’abord on évite d’artificialiser et, si ce n’est pas possible, on réduit au maximum l’emprise du projet. Quand on n’a plus le choix, on compense en créant de nouveaux espaces verts.”

Ici la compensation doit avoir lieu à La Crau ! Cet ERC on le perçoit plutôt comme un droit de polluer, non ?

Concernant les espèces menacées on peut noter :
-L’alpiste aquatique
-Les chiroptères ou chauve souris: Pipistrelle, Noctule, grand ou petit Murin
-L’Agrion de Mercure (une libellule ailée)
-Le petit Duc
-Le grand capricorne
-Le site de nidification de nombreux oiseaux: buses, chouettes, canard col vert, héron, passereaux, huppe.

En 2008, pour TPM, quelqu’un a écrit :

“Nous sommes tous responsables de cette richesse. La question est de savoir comment gérer les droits de succession dans l’intérêt des générations futures ? Il s’agit en fait de prendre une assurance vie pour le cours d’eau, mais
c’est avant tout, pour nous les «êtres-humains», l’objectif de garder un cadre de vie de qualité”.
*

Pour gérer les droits de succession des générations futures, laissons la terre, le fleuve et la biodiversité reprendre vie.

Le Débatteur

Michel Gorski

*Le Las : une rivière dans la ville, synthèse sur l’environnement aquatique du Las et de la vallée de Dardennes, TPM, 2008.

Une réflexion sur « Réunion à l’AMAP des Olivades avec Georges Olivari, directeur de la Maison régionale de l’eau de Barjols »

  1. Merci le Débatteur pour votre implication et la diversité de vos rubriques depuis la cuisine de “Patricia” jusqu’à vos réflexions sur le TCSP et autre BHNS.
    En marge de ce projet dont on ne cerne pas bien les tenants et les aboutissants, j’ai été choqué par votre découverte d’un rejet d’eaux polluées, dans le ruisseau le Faveyrolles, en contrebas du Carrefour. Votre photo est hélas très claire, contrairement à l’eau que l’on voit sortir du tuyau.
    Et que penser des deux grosses sorties rectangulaires ?
    Et quand il pleuvra ?
    J’irai voir çà à l’occasion et vous enverrai des photos éventuellement.
    Je suis choqué !

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